IA bashing
« L’IA abêtit ». Voilà le nouveau grief à la mode contre l’intelligence artificielle. Un reproche qui oublie un point essentiel : l’IA n’a aucun pouvoir propre, sinon celui que nous lui déléguons par l’usage de notre intelligence. Parmi les défenseurs de cette thèse fumeuse, on retrouve souvent des personnes peu à l’aise avec l’ordinateur, Internet ou les outils numériques en général, mais aussi celles qui ne savent pas utiliser une IA — et à qui il convient donc de penser que le monde devrait s’en passer.
D’abord, ce scénario d’un frein global et raisonné au développement de l’IA n’arrivera pas. Il faudrait pour cela des lois internationales extrêmement coercitives, à la fois pour contraindre les usages et pour limiter l’impact écologique des data centers. Or les États ne se mettront jamais d’accord sur une ligne commune : chacun sait qu’un tel consensus créerait immédiatement des déséquilibres technologiques au profit de ceux qui accompagneraient la technologie pendant que d’autres la brideraient.
Ce discours est d’autant plus paradoxal que les réseaux sociaux, eux, nous pourrissent le cerveau depuis des années et sapent nos capacités de concentration sans provoquer les mêmes levées de boucliers. Beaucoup de ceux qui dénoncent aujourd’hui une IA prétendument débilisante défendent pourtant des chaînes d’information en continu ou des programmes télévisés indigents qui, eux, n’élèvent ni le débat ni la pensée.
Comme toute grande rupture technologique — Internet en tête — l’IA transforme le monde, y compris le monde du travail. Et contrairement aux discours alarmistes, un retour à la raison est probable : nous aurons toujours besoin de personnes qualifiées pour vérifier, encadrer et corriger les productions de l’IA, dont les réponses peuvent être inexactes, verbeuses, biaisées ou tout simplement farfelues.
Pour ma part, j’utilise l’IA de façon pragmatique :
- Je code et je débugge accompagné : six ou sept fois sur dix, cela m’aide réellement. Le but est que l’application prenne forme, pas de sacraliser l’acte de coder pour lui-même.
- Je fais des recherches philosophiques pour nourrir ma réflexion, sans les intégrer telles quelles à mes écrits.
- J’analyse et résume des contrats ou demande des éclairages juridiques, domaine dans lequel je n’ai aucune compétence.
- J’apprends à remplacer ou réparer des composants informatiques.
- Etc.
Je ne vois pas en quoi tout cela serait abrutissant. Au contraire, j’y apprends des choses. Personne ne peut être compétent ou expert dans tous les domaines. L’apport de l’IA n’est pas la démocratisation de l’intelligence, mais celle de l’accès au savoir.
Il faut enfin rappeler une évidence trop souvent oubliée : une IA n’est ni une conscience ni une intelligence au sens humain du terme. C’est un outil statistique sophistiqué.
De la même manière qu’on n’empêchera pas l’IA de se développer, on n’empêchera jamais ses détracteurs de la caricaturer sans grande profondeur.