Le fleuve inverse



Les contraintes extérieures font des hommes malheureux et méchants.
Pour que la raison opère, il faut qu’elle respire, qu’elle ait le temps de prendre conscience des chaînes, des liens qui nous immobilisent dans une situation, par exemple.
Il faut pouvoir laisser s’installer un courant inverse, un fleuve intérieur inverse, susceptible d’emporter une nouvelle volonté contre ce qui nous conduit à aller contre nos intérêts.

Mais nous n’avons plus le temps.

La raison qui fonctionne par décret n’obtient rien, aucun changement.

C’est toujours une maturation, puis un élan durable, qui parvient à changer les choses concrètement.
Zapper, changer brutalement de sujet, c’est casser l’élan en train de se former.
Or, dans nos sociétés, nous sommes perpétuellement interrompus.
Ainsi, la pensée n’est plus possible — celle qui établit, analyse et débusque — et dont, encore, il faut être investi de la recherche.